« Le cousin Louis Louvel, né à ErnesDerrière chaque humain il y a quinze fantômes »

La carte postale du cousin Louis

  par  , Vendredi 12 Septembre 2014, Catégories: Jules, Jules, Souvenirs, Louis, Généalogie, Bouraine

Louis part à la guerre ...

Photo 10. Affiche de la Mobilisation Générale.

Dans la journée du mercredi 5 août 1914, les soldats du 39ème R.I. quittent la caserne Hatry pour retrouver les soldats des autres casernes de Rouen, notamment ceux du 74ème RI, devant le Palais de Justice, place Verdrel (aujourd'hui place Foch) à Rouen. Le sergent Louis Bouraine se trouve dans la foule des soldats.

Photo 11. Rassemblement des soldats place Verdrel à Rouen le 5 août 1914.
Le sergent Louis Bouraine est l'un d'entre eux.

Toute la journée, malgré la petite pluie fine, très normande, qui fait luire les pavés, les habitants de Rouen sont dans les rues pour regarder les 39ème et 74ème Régiments d'Infanterie se rendre à la gare de Rouen Rive-Gauche (gare Saint-Sever) précédés par leurs musiques et leurs cliques qui interprètent "Sambre et Meuse". Ces deux régiments forment la 9ème Brigade (commandant Tassin) au sein de la 5ème Division (général Verrier) du 3ème Corps d'Armée (général Sauret) de la 5ème armée (général Lanrezac) créée le jour de la Mobilisation générale, il y a tout juste 3 jours.

Photo 12. Extrait du "Journal de Rouen" daté du 6 août 1914, lendemain du départ des troupes. Cet article est publié en page 2 du journal.

Le défilé des militaires n'est pas que musical, rythmé par les brodequins à semelles cloutées, il est également coloré. Les vareuses ou les capotes sont gris-bleu et les pantalons sont rouge-garance. Comme partout ailleurs dans les villes de garnison, l'atmosphère n'est pas au pessimisme. On part avec la perspective d'une guerre de courte durée. Les journaux écrivent que les soldats partent "la fleur au fusil". Mais peut-être est-ce seulement de la propagande ? Les hommes n'emportent d'ailleurs pas leur capote dans leur paquetage, car on pense qu'ils n'en aurons pas besoin : on est en août, il fait chaud et on sera de retour avant les intempéries.

Photo 13. "Le régiment qui passe" (fragment) par Edouard Detaille, 1885

L'embarquement a lieu voie 17, la même voie où ont lieu les manœuvres annuelles d'embarquement. Le voyage en train est long, très long. Louis n'avait jamais autant voyagé. La destination est inconnue. À travers les fenêtres du train il voit défiler les villes de Pont-de-l'Arche, Magny, Vernon. Le train s'arrête à Mantes-la-Jolie pour une halte repas. Les soldats s'interrogent sur la suite du voyage, mais personne ne sait où va le convoi. À la gare de triage d'Achères, Louis, qui a déjà fait ce trajet vers Rouen, comprend que le train ne continue pas vers Paris. En effet, la prochaine gare importante est Compiègne et une nouvelle halte repas a lieu à Soissons.

Photo 14. Soldats se rendant au front (1914)

Ceux qui ont retenu quelque chose des leçons d'Histoire et de Géographie de l'école primaire font circuler l'information : ils sont dans l'Aisne, dans le Nord du pays. C'est confirmé par la gare suivante, Laon, la préfecture de l'Aisne. Dans la suite du voyage les soldats qui ne dorment pas ne voient plus que des gares de petites villes, comme Bazancourt, que plus personne ne connaît. Après des manœuvres en pleine campagne qui ressemblent à un retour en arrière, le convoi conduit finalement les soldats jusqu'au village de Novion-Porcien où ils arrivent le 6 août. Terminus, tout le monde descend ! La suite se fera à pieds, avec les 30kg de barda sur le dos, Infanterie oblige. Louis apprendra un peu plus tard qu'ils sont dans les Ardennes, pas très loin de la Belgique.

Photo 15. Soldats débarquant du train pour se rendre au front.

Jeudi 6 août. Le régiment établit ses cantonnements. Les 250 hommes de la 10ème Compagnie du 3ème Bataillon, à laquelle appartient Louis, sont cantonnés avec ceux de la 9ème à Fainault. Louis découvre la petite troupe qu'il aura sous ses ordres : une trentaine d'hommes encadrés par deux caporaux. Dès 15h il faut changer de cantonnement et retourner à Novion-Porcien. Les choses ne semblent pas aussi bien préparées qu'il faudrait. Le temps est gris et pluvieux jusqu'au 9 août.

Lundi 10 août. Suivant l'ordre général n°7, Louis et sa Compagnie se déplacent à nouveau vers Barbaise. Les routes sont fermées et les zones de cantonnement sont cerclées. Les compagnies changent de cantonnement ou manœuvrent autour. Cela fait de l'occupation... Louis s'interroge : si c'est cela la guerre, il n'y a pas de quoi s'inquiéter. En plus, le temps s'est mis au beau. Le moral est bon.

Photo 16. Une halte. Le drapeau es tdéployé.

Jeudi 13 août. Le cantonnement est établi un peu plus au Nord, à Saint-Marcel, à l'Ouest de Charleville-Mézières. La marche pour y arriver est particulièrement pénible tant il fait chaud - au moins 30 degrés. On y stationne jusqu'au 15 août.

Dimanche 16 août. Un ordre de marche arrive : départ immédiat. Le 3ème Bataillon, celui de Louis, part en tête. Louis guide sa demi-division. Ils ont le soleil dans le dos. Le rouge des képis est dissimulé par un couvre-képi bleu. C'est moins voyant. On chante pour se donner de l'entrain. "Là-haut dessus la côte ça va descendre enfin, Appuie donc sur tes bottes et pass' moi un coup d' vin - Les godillots sont lourds dans l' sac, Les godillots sont lourds...". Dans l'après-midi, après une halte à Blombay, on oblique vers le Nord pour établir le cantonnement du soir à Éteignères, à deux pas de la frontière belge. Plein les godillots et plein le dos ! La chaleur était éprouvante.

Lundi 17 août. Marche en avant. Le 39ème R.I. est toujours en tête de la Division et marche de nouveau vers l'Ouest puis le Nord. La frontière belge est franchie dans l'après-midi aux environs de Cendron. Le cantonnement est établi plus au Nord, à Salles, à quelques kilomètres à l'Ouest de Chimay. Les belges se montrent très accueillants.

Mardi 18 août. La marche débute à la fraîche, aux aurores. Cette fois le 3ème Bataillon ferme la marche de la Division. Un cantonnement est établi dès midi à Renlies.

Mercredi 19 août. Le régiment forme une nouvelle fois l'avant-garde de la Division. La disposition des cantonnements autour de Gerpinnes, à quelques kilomètres au Sud-Est de Charleroi, laisse penser qu'on s'apprête à l'affrontement.

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2 commentaires

Commentaire de: Roche [Visiteur]
Roche

Pourriez-vous me préciser où ce peloton d’élèves caporaux de 1913-1914 se trouvait. J’ai trouvé une carte postale d’un membre de ma famille faisant partie de ces “élèves caporaux de 1913-1914″ mais il n’y a pas de précision de lieu dans le texte au dos de la carte ! Merci. A Roche

31/07/2015 @ 18:19
Commentaire de: [Membre]

Bonjour A. Roche. Comme expliqué dans l’article, le cousin Louis a fait son service militaire à la caserne Hatry de Rouen. C’est là qu’il a été élève caporal. Vous pouvez trouver où votre parent a fait son service en consultant sa fiche matricule. Celle-ci est probablement accessible en ligne sur le site des archives départementales du lieu de recensement militaire (lieu de naissance le plus souvent). Cordialement. J.L.

02/08/2015 @ 14:40


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