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Le recruteur craint-il la généalogie ?

Le 24 Février 2013 by Jac LouRéagir » • Partagez » Partagez cet article sur Facebook Partagez cet article sur Google+

Parmi mes centres d'intérêt, la généalogie figure en bonne place. C'est à la fois une occupation stimulante et un engagement, car je suis impliqué dans plusieurs associations de généalogie dans lesquelles je m'efforce d'apporter une aide désintéressée aux généalogistes qui en ont besoin.

J'ai ainsi été, en 1999, un des premiers membres de l'association FranceGenWeb. À la suite de Vincent Belot, créateur des CousinsGenWeb, j'ai accepté dès 2003 de me charger de la programmation et de l'organisation de cette branche "Cousins" de FranceGenWeb (aujourd'hui dénommée FranceGenWeb-Cousins). Dans cette situation très favorable, j'ai pu être un témoin de l'évolution des attentes et des comportements des généalogistes amateurs. Aujourd'hui il y a plus de 35 000 listes de participants répertoriées dans les sites FGW-Cousins. Cela ne signifie cependant pas qu'il y ait autant de participants, car certains ont déposé des listes dans plusieurs départements, mais cela est un bon indice du succès de ce service animé par des dizaines de bénévoles.

Les demandes de retrait des données déposées dans les sites "Cousins" sont exceptionnelles et je demande toujours au généalogiste concerné s'il veut bien me dire la raison qui le pousse à souhaiter disparaître de nos pages. Il me semble en effet utile de savoir si ce retrait ne serait pas la conséquence d'un défaut, d'une erreur ou d'un manque de notre part que nous pourrions corriger.

Le recrutement est-il une science exacte ? Les quelques rares retraits de données effectués dans le passé ont été motivés par des raisons dites "personnelles" (séparation, divorce, conflit familial). Récemment, un de nos participants ayant souhaité la "suppression totale des données [le] concernant" nous a donné comme raison : "Étant en recherche active d’emploi, je me dois d’être vigilant sur ce sujet. [...] lors d’un entretien récent, un DRH m’a dit que les gens qui faisaient de la généalogie était des gens tournés vers le passé". Il est possible que notre aimable ex-participant ait sur-interprété et ait sur-réagi à cette déclaration. Toutefois, si l'intention du DRH était bien de dire que l'intérêt pour la généalogie est un critère négatif dans le profil des candidats au recrutement, alors je suis au regret de dire qu'il s'agirait d'une pure et simple imbécilité !

Quelles sont les qualités requises pour construire sa généalogie ? La liste ci-dessous devrait éclairer les DRH ignares sur ce dont ils se privent en ne recrutant pas un généalogiste amateur.

  • Respect des apports du passé. Notre ex-participant nous a dit avoir répondu à son recruteur que s'intéresser au passé était un moyen de préparer un avenir plus sûr. Eh bien voilà une première bonne réponse ! Personne n'ignore qu'on ne construit pas sur du sable - sauf des paillotes... Une entreprise qui a les moyens d'un DRH ne peut pas être une paillote, elle a besoin d'un socle solide. Le futur a besoin d'un passé. Connaître son passé et s'en servir est un atout.
  • Attachement à la pérennité de son entreprise. Le généalogiste amateur n'entreprend généralement pas ses recherches que pour lui même. Il envisage de laisser une trace durable de ce qu'il a entrepris (son entreprise), souvent à destination de ses enfants ou des enfants de sa famille. Il travaille donc pour l'avenir.
  • Réflexion et travail sur le long terme. Une généalogie ne se "bricole" pas en quelques jours. Le généalogiste amateur sait qu'il s'engage dans une activité qui lui demandera des mois, des années de patientes recherches qu'il planifiera en fonction de ses disponibilités, qu'il adaptera aux résultats déjà acquis...
  • Patience et tenacité. Comme on vient de voir, retrouver ses ascendants peut demander du temps. Le généalogiste amateur est donc patient. Comme rien n'est facile, il peut subir des échecs mais n'abandonne pas pour autant. Il se montre tenace et cherche une autre approche quand la précédente n'a rien donné.
  • Courage et honnêteté. Il faut du courage pour entamer une tâche qu'on sait être de longue durée et qui de plus peut apporter des déconvenues. Car il peut advenir qu'on se découvre un ancêtre bagnard ou assassin. L'honnête généalogiste ne tente pas de cacher ce qu'il a trouvé.
  • Capacités relationnelles. On ne construit pas sa généalogie seul dans son coin. L'image du vieux généalogiste à binocles qui manipule des grimoires poussiéreux est une caricature amusante, certes, mais qui, elle, appartient au passé. Aujourd'hui le généalogiste amateur sait correspondre avec les centres d'archives (municipales et départementales); il est ou a été membre plus ou moins actif d'une association; il a le plus souvent participé à des groupes de discussion; il sait demander de l'aide (ou en donner) sur l'Internet; toutes activités qui nécessitent un minimum de diplomatie et de savoir vivre pour aboutir à des résultats fructueux.
  • Sens de l'organisation. Le généalogiste amateur sait préparer ses recherches en fonction de son temps et aussi en fonction de l'espace à parcourir pour éventuellement se rendre sur les lieux où des informations peuvent être recueillies. Il sait rassembler ces informations dans des fichiers structurés de façon à restituer ce qu'ils contiennent de façon intelligible et claire en vue d'échanges avec d'autres amateurs généalogistes.
  • Intelligence pratique. Retrouver ses ascendants ne se résume pas à une simple collecte d'informations facilement accessibles. Il faut souvent faire preuve de "flair" et de compétences qui s'apparentent à celles qu'un enquêteur de police doit développer. Il faut savoir suivre des pistes multiples parfois ténues et ne pas se perdre en route. Il faut savoir réunir des indices convergents pour débusquer ou reconstruire les informations récalcitrantes.
  • Compétences multiples. Le généalogiste amateur acquiert dans sa pratique une série de compétences qui vont de la maîtrise des ressources de l'Internet à la recherche documentaire en passant par le droit de la famille et la connaissance d'au moins un logiciel de généalogie. Je suis persuadé qu'une personne qui est à l'aise avec un logiciel de généalogie trouvera enfantin l'utilisation d'un logiciel de gestion du personnel :). Cette personne ferait un(e) excellent(e) collaborateur (trice) dans un service RH.

Il me reste à souhaiter que les nombreux DRH qui liront ce billet se montrent ensuite plus "malins" que la consœur ou le confrère qui l'a inspiré et fassent confiance aux généalogistes amateurs. Les lecteurs peuvent aider à la réalisation de ce souhait en faisant la publicité de ce billet auprès de leurs amis des "ressources humaines".