[Recueil nouvelles #5] Ainsi naissent les fantômes – Lisa Tuttle

* Présentation *

   
Organiser un concours pour un livre dont on a lu qu’une seule nouvelle, c’est gonflé. Mais je l’ai fait. Du coup, dès que possible je me suis lancée dans la lecture du recueil de Lisa Tuttle. Qui m’a parlé de toutes sortes de fantômes, alors que j’étais en voyage en Écosse. Coïncidences ? Je ne pense pas.

Ainsi naissent les fantômes
Auteur : Lisa Tuttle
Traduction : Mélanie Fazi
Couverture : Bastien Lecouffe Deharme.
Editions Folio SF – 2014, 308 pages.

Dans ma bibliothèque – Première lecture
Ma note :

* 4è de couv’ *

   
Une petite fille séquestrée par un pervers parvient à lui échapper, mais personne ne la croit. Pour enfin parvenir à écrire, une femme s’aménage un bureau dans une pièce qui n’existe pas. Une génération entière d’enfants est dans l’incapacité d’apprendre à parler. Un homme féru d’alchimie fait un bébé d’un genre particulier à sa maîtresse. Une gravure mystérieuse semble surgie de nulle part. Sans trop savoir pourquoi, une étrange jeune femme, obnubilée par les dragons, refuse de se rendre en Angleterre. Une dame de quatre-vingt-seize ans se meurt paisiblement sur un lit d’hôpital à Houston, en pensant à son bon ami, le vieux M. Boudreaux.

Mélanie Fazi, qui n’a jamais caché l’influence qu’a eue Lisa Tuttle sur ses propres écrits, nous fait découvrir l’un des écrivains majeurs du fantastique contemporain en nous présentant, dans Ainsi naissent les fantômes, sept de ses textes parmi les plus puissants. Ce recueil a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire en 2012.

* Mon avis *

   
7 nouvelles, 7 « héroïnes », 7 ambiances.

Contrairement aux avis que j’avais pu lire ici ou là chez les blogopotes, je n’ai pas trouvé les ambiances particulièrement très oppressives ou horrifiques (mise à part pour une des nouvelles). Mais on entre très facilement dans chacun des récits en une ou deux phrases, et Tuttle pousse le désir de ses personnages jusqu’à un point où il devient obsessionnel et fait ressortir leurs monstres intérieurs ou un défaut souvent fatal. Je me suis même demandé si elle n’aimait pas être cruelle. Les nouvelles sont essentiellement racontées par des femmes à la première personne, et nous parlent de thème sur lesquels sûrement beaucoup de femmes s’interrogent : amours, maternité, sesque…

   

Rêves captifs (Closet dream) – 2007, 22 pages –

« Il m’est arrivé quelque chose d’affreux quand j’étais petite. »

Ce récit d’une jeune fille sur sa séquestration et son évasion à laquelle personne ne veut croire est une percutante entrée en matière. Dès la première phrase, on sent que quelque chose cloche. Et c’est, je pense, pour ça que le texte m’a moins touché, car j’ai vu venir la chute bien avant la fin.

   

L’heure en plus (The extra hour) – 1997, 33 pages –

« Une heure, c’est tout ce que je demande. »

Qui n’a jamais emit ce souhait, d’obtenir une bulle de temps pour soit (je suis la première à lever le doigt) ? Cette mère qui découvre un moyen étrange de faire une parenthèse dans ses obligations et responabilités oublie qu’il faut bien faire attention à ce que l’on souhaite. Un thème qui me touche même si la conclusion m’a laissée un peu perplexe.

   

Le remède (The cure) – 1984, 24 pages –

« C’est dans cette pièce, jour après jour, que je transforme ma vie en langage. »

Une jeune femme nous raconte les effets secondaires d’un médicament sur son couple, car il provoque ni plus ni moins la disparition du langage ! L’idée est saugrenue et m’a tout de suite plût. Pour moi, cette nouvelle parle de la place qu’un enfant peut prendre quand il arrive dans un couple et de l’éloignement que cela peut faire ressentir. Elle soulève aussi la question d’être encore un couple sans communication. Le récit sonne résolument plus SF, ce que confirme l’auteur dans l’entretien final.

   

Ma pathologie (My pathology) – 1998, 43 pages –

« Ce n’est peut-être pas une vérité universelle, mais ce qu’on n’obtient pas facilement a bien plus de valeur à nos yeux. »

Une jeune femme s’entiche d’un alchimiste ! La passion de son homme pour l’alchimie la poussera à s’investir bien plus loin que l’on aurait pu se douter. C’est la nouvelle qui m’a indéniablement le plus perturbé, mise mal à l’aise. Elle parle de passion malsaine, de quel sacrifice sommes nous prêt à faire pour la personne que l’on aime, quitte à perdre sa rationnalité. Je trouve que dans ce texte, Tuttle associe quand même la grossesse au cancer (ce qui est malheureusement parfois reconnu comme tel par certains systèmes immunitaires), et donc à la difficulté d’enfanter. Donc encore un texte sur la maternité, thème assez présent dans le recueil.

   

« Mezzo-tinto » (« Mezzo-tinto« ) – 2003, 24 pages – 

« La façade du pavillon évoquait un visage grossièrement dessiné. »

Une jeune femme emmènage enfin avec son ami, mais un Mezzo-tinto la perturbe et la pousse à commettre une faute que son ami ne lui pardonnera pas… Récit fondamentalement plus classique, qui m’a fait pensé à du E. A. Poe (bah oui, on fait avec les références que l’on a, je n’ai pas lu l’auteur à qui Tuttle rend hommage et qui a écrit une nouvelle portant le même nom et abordant le même thème), mais en moins noir. Ce n’est pas mon texte préféré du recueil.

   

La fiancée du dragon (The dragon’s bride) – 1986, 74 pages –

« Il y a deux mois de mon enfance dont j’ai tout oublié ; les deux mois les plus importants de ma vie. »

Isobel cherche à retrouver 2 mois de son enfance effacés de sa mémoire suite à un traumatisme. Ambiance lande venteuse (quand on est en Ecosse lors de la lecture, on visualise très bien) et mystère mystérieux garanties. Dans cette nouvelle, la plus longue, Tuttle prend le temps de vraiment poser son ambiance fantastique par touche, comme un impressioniste. Le carnet d’Isobel est intriguant, on entre un peu dans ses pensées et on espère trouver des indices de son passé. Cela m’a fait penser à Mélusine, mais j’ai peur d’en dire trop en disant cela.

   

Le vieux M. Boudreaux (Old Mr. Boudreaux) – 2007, 30 pages – 

« Certaines choses sont éternelles, pas les sentiments. »

une femme qui promet à sa mère mourante de prendre soin d’un ami dont elle n’a jamais entendu parlé. J’avais déjà lu la dernière nouvelle du recueil, diffusée gratuitement sur le site des éditions Dystopia. C’est le texte le plus poétique et le plus délicat du recueil, et qui m’a beaucoup touché lors de ma lecture.

   

En plus des nouvelles, Mélanie Fazi nous propose une préface et un entretien avec Lisa Tuttle. On y apprend des chose sur la genèse du recueil et celle des nouvelles. Eclairant et assez complémentaire.
En conclusion, j’ai beaucoup apprécié ma lecture même si ce n’est pas un coup de cœur comme plusieurs blogopotines dont je sais avoir les goûts proches. Mais je crois que j’ai un soucis avec les textes qui sont censés mettre mal à l’aise, car déjà mon dernier Lovecraft m’avait laissé sur ma faim. Cela ne m’empêche pour autant pas d’être curieuse à propos du nouveau recueil sortie cette année chez Dystopia, Les chambres inquiètes.

* Blabla supplémentaire *

   
Plein d’autres avis aussi chez Trölle, MarieJu, Blacky, Lune, Tigger Lilly, Cerise, Vert, Lisbhei, Grom, AcrO.

  

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7 réponses

  1. Sia dit :

    C’est un recueil que j’ai vraiment apprécié ! J’ai trouvé les nouvelles parfois oppressantes (mais pas oppressantes « cheveux dressés sur la tête », plus dans une sorte de vague malaise pas bien définissable), juste comme il fallait. Maintenant, j’ai envie d’en lire d’autres !

  2. Vert dit :

    T’es une dure toi en fait :D

  3. Acr0 dit :

    Peut être t’attendais-tu à pire côté ambiances ? :) ah, il n’y a pas à dire, quand je lis cette première phrase de rêves captifs, cela me procure un frisson (toujours). Je vois que tu as davantage été charmée par la fiancée du dragon.
    Question livres-qui-mettent-mal-à-l’aise, as tu essayé la plume de Poppy Z. Brite ?

    • J.a.e_Lou dit :

      Oui je pense que c’est une attente trop forte côté ambiance effectivement. Et nope, je ne connais point Poppy, je vais aller voir ça. T’as un titre particulier en tête ?

  4. Tigger Lilly dit :

    C’est vraiment un top recueil ! Et tu me rappelles que je n’ai toujours pas lu Monsieur Boudreaux.

  1. 9 mars 2015

    […] avis ? Allez visiter Sia – Blackwolf – Tigger Lilly – Lune – MarieJuliet – Jae_Lou – Cerise – Gromovar – Lhisbei – AcrO […]

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