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19/03/11

Le Plan Calcul

  08:49:00 am, by Jac Lou   , 355 words  
Categories: Chapitres
Pub. IBM, revue Sciences, 1965.

  En 1965, dans la revue de vulgarisation scientifique Atomes (devenue 'La Recherche' en 1971), je vois pour la première fois le mot "cybernétique" (science constituée par l'ensemble des théories relatives au contrôle, à la régulation et à la communication dans l'être vivant et la machine - Le Robert -). Ce mot, bien que datant de la fin des années 40, n'a pas connu et ne connaîtra pas le même succès que le mot "ordinateur" et est tombé aujourd'hui dans l'oubli, du moins si on considère la fréquence avec laquelle on le rencontre dans les media. En novembre 2011 Google renvoie 466 000 résultats pour ce terme contre 22 100 000 pour 'ordinateur' (Yahoo ou Bing n'en renvoient que 155 000 environ contre 45 000 000). Au même moment le mot "informatique" commence à fréquenter les sommaires des mêmes revues.

 À la même époque, en 1966, le Président De Gaulle, conscient du retard que la France est en train de prendre, décide de créer une filière française de l'Informatique. Cette décision survient notamment après le rachat de Bull par l'Américain General Electric (G.E.); elle se concrétisera par le lancement du "Plan Calcul" (M. Robert Galley est nommé Délégué Général à l'Informatique). Le Journal Officiel entérine à cette occasion le mot "Informatique". L'année suivante, le 29 août 1967, verra la création de l'IRIA (Institut de Recherche en Informatique et en Automatique) pendant que G.E. détruit lentement Bull.

Pub., Sc. Prog. Découverte, 1971

 Quelques temps plus tard, en 1970, j'achète ma première revue d'informatique, un grand format nommé l'informatique, publié par Dunod (éditeur également de Science Progrès Découverte). Il s'agissait d'une revue apparemment destinée d'une part aux cadres d'une profession en plein essor et d'autre part, peut-être, à créer des vocations. J'y ai découvert des techniques, mais aussi du rêve. Je me rappelle particulièrement une nouvelle (traduite de l'américain), racontant comment un informaticien transférait progressivement sa personnalité à l'intérieur d'une machine. Un vrai bon thème de Science-Fiction. Je crois que je prends conscience alors du fait que l'informatique naissante peut être le support d'une évolution étonnante de la société. Les technologies à l'honneur étaient les bandes magnétiques (les dérouleurs), les mémoires à tores, les cartes perforées.

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29/03/11

CAO et modularité

  08:52:00 am, by Jac Lou   , 381 words  
Categories: Chapitres

  En 1966 toujours, Olivetti fait de la publicité pour un "microcomputer" à cartes magnétiques. Aujourd'hui un épicier de quartier le trouverait encombrant et insuffisant pour faire ses additions ! En 1967 la France possède 2000 calculateurs (comme le CDC 6000) dont une majorité dans des applications scientifiques. En 1968 on compte 3000 ordinateurs en France dont 50% sont dans des organismes publics. Olivetti propose cette fois une machine, la "Programma101", capable d'effectuer les 5 opérations ! La même année HP étend les possibilités des machines dites de bureau avec le HP 9100A, calculateur scientifique doté de 3 afficheurs à tubes, de 16 mémoires à tores et d'une mémoire morte sans circuit électronique. Cette mémoire morte est un drôle de dispositif formé d'un empilement de 16 circuits imprimés carrés de 10 cm de côté, couplés magnétiquement. Elle stocke tout de même 196 pas de programme ! Mais il faut encore débourser 4900 US$ pour acquérir cette petite merveille. La page de "publi-information", comme on dit aujourd'hui, qui décrit cette merveille est signée Jean-Louis Gassée, nom que l'on retrouvera plus tard notamment sous la bannière d'Apple France.

 Vers 1969, on commence à parler de deux techniques qui semblent prometteuses: la CAO et la modularité. D'une part la Conception Assistée par Ordinateur (CAO) apparaît comme le moyen de développer plus rapidement les cartes électroniques destinées à équiper les nouveaux centraux téléphoniques (autre domaine où la France accumule alors un retard important). D'autre part, la conception de modules de base qu'il suffirait d'assembler comme un jeu de construction pour réaliser de petits ordinateurs, semble le moyen d'assurer la diffusion de l'informatique pour (presque) tous. Pas bête! En attendant, IBM essaie d'attirer les clients vers son centre de calcul riche de 12 ordinateurs "centraux". Et en attendant, toujours, on se plaint que les machines présentent des contraintes de 2 ordres: "tout d'abord elles ne 'comprennent' vraiment que des langages étranges pour l'entendement humain. Ensuite, en raison de leur coût, elles sont de merveilleux prétextes à la mainmise sur leur gestion d'administrateurs en mal de pouvoir [...] ou en quête d'occupation.". Rien n'a changé!

 Du côté des composants, on parle déjà de circuits LSI (pour "Large Scale Integration", intégration à grande échelle). La SAGEM, par exemple produit des composant intégrant jusqu'à 750 transistors à effet de champ, destiné à équiper des cartes faisant du calcul différentiel numérique (Science Progrès Découverte, mai 1970).

05/04/11

La parole est à l'ordinateur

  04:33:00 pm, by Jac Lou   , 419 words  
Categories: Chapitres

 La nécessité d'une interface entre les humains et l'ordinateur qui penche du côté "humain" s'est rapidement fait sentir. Dès les années 1964-1965 la firme IBM commercialise une "unité de réponse verbale" en même temps que ses ordinateurs de la série 360. Ce sont bien sûr d'abord les sociétés à fort pouvoir d'achat qui s'équipent de tels dispositifs. On peut ainsi interroger, à l'aide de son téléphone à clavier, la cote des actions en Bourse, ou encore obtenir des informations sur la production journalière chez Chrysler, ou l'état des stocks dans certaines grandes chaînes commerciales. Bien entendu, l'interrogation ne peut pas encore se faire oralement. Il faut taper un code sur le clavier numérique du téléphone. Mais l'information est bien restituée par "synthèse" vocale. Cette vocalisation se fait en utilisant un vocabulaire d'un millier de mots enregistrés par un "locuteur étalon" sélectionné pour sa diction. Les mots enregistrés sont ensuite analysés à l'aide d'un vocodeur à canaux, retouchés et finalement introduits dans la mémoire de l'ordinateur sous forme de coefficients d'amplitude des fréquences du vocodeur. La restitution utilise également un vocodeur.

 En France, au tournant des années 1970, plusieurs laboratoires universitaires à Paris Halle-aux-Vins (aujourd'hui le site de Jussieu), à Orsay, à Grenoble ou à Toulouse, collaborent avec des laboratoires industriels publics (CNET, Centre National d'Étude des Télécommunications) ou privés (CIT - Compagnie Industrielle des Télécommunications, filiale de la CGE - Compagnie Générale d'Électricité) pour développer et mettre en pratique des dispositifs de sortie vocale pour les ordinateurs. Un exemple significatif est la mise au point du système "DECLAM" par la société CIT/CGE, sur la base d'accords avec le CNET. Ce système est destiné à permettre la réception par radio dans les avions commerciaux des informations météorologiques concernant par exemple l'aéroport de destination. Les informations météo sont bien sûr, au préalable, transmises à un centre où elles sont introduites dans un ordinateur qui les traite pour les convertir en un message vocal intelligible à partir du vocabulaire spécialisé dont il dispose. Par ailleurs, tous les laboratoires cités précédemment travaillent en 1970 sur la mise au point d'un vocodeur plus performant, utilisant les éléments de base du langage, les phonèmes ou les di-phonèmes, pour synthétiser et vocaliser tous les mots possibles, au lieu d'enregistrer les mots entiers d'un vocabulaire plus ou moins spécialisé et forcément limité. Parallèlement, la reconnaissance vocale est également à l'étude, mais elle n'en est encore qu'à ses premiers balbutiements - au sens propre du terme !

(d'après l'article "Les ordinateurs qui parlent", P. Lloret, Science Progrès Découverte, déc. 1970)

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