« Le cousin Louis Louvel, né à ErnesDerrière chaque humain il y a quinze fantômes »

La carte postale du cousin Louis

  par  , Vendredi 12 Septembre 2014, Catégories: Jules, Jules, Souvenirs, Louis, Généalogie, Bouraine
Prolégomènes. Cet article nécessite quelques explications liminaires qui pourront sembler une lourdeur à certains, c'est pourquoi je propose que leur affichage soit une décision laissée au lecteur. Cliquer pour afficher la suite ...

Un Louis dort dans mon héritage. Une poignée de photographies de la génération antérieure à celle de mes parents figurait dans mon héritage. Parmi celles-ci, j'ai trouvé une carte-postale photographique provenant des "archives" - c'est un bien grand mot pour aussi peu de choses - de mes grand-parents paternels. Elle est signée d'un certain Louis dont je n'avais jamais entendu parler avant de mener mon enquête sur lui. La carte postale était adressée à "Pierrot", indubitablement mon grand-père, dont Louis était un cousin. Ce qui suit est le résultat d'une enquête de plusieurs années (*), en comptant les erreurs et les retours en arrière, sur l'identité et la vie de l'auteur de la carte-postale.

Photo 1a. Cette carte s'adresse à la famille de Pierrot Louvel. Le "s" de cousins souligné deux fois met l'accent sur la présence du "tout petit Pierrot", mon père alors âgé de 4 ans, aux côtés de ce "vieux Pierrot" et de la "cousine Jeanne".

Qui donc prend la plume pour écrire à Pierrot ? Dans un premier temps, j'ai faussement attribué la carte à Louis Louvel, un cousin germain du côté paternel de grand-père Pierrot Louvel. C'était une possibilité "évidente". Mais la consultation des registres militaires, mis récemment en ligne par les Archives départementales, ainsi que l'examen approfondi des informations fournies par la carte postale, m'ont fait voir que je faisais fausse route et que Louis Louvel ne pouvait pas être à l'armée en octobre 1913, date où la photo a été prise, comme je le montre plus loin. En effet, ses états militaires situent sa dernière période d'exercices en octobre 1912. Nous reparlerons de lui dans un autre article. C'est cette incohérence dans les dates qui m'a fait chercher un autre Louis comme auteur de la carte. Je l'ai donc trouvé en la personne de Louis Bouraine, de la classe 1912, incorporé le 10 octobre 1913 au 39ème Régiment d'Infanterie en garnison à Rouen. C'est bien à ce moment et à cet endroit que la photo a été faite.

C'est bien Louis. Mes recherches dans la généalogie familiale m'ont confirmé que l'auteur de la carte pouvait bien être Louis Bouraine, un cousin germain du côté maternel de mon grand-père Pierre Louvel. Louis est le deuxième enfant de (Emile Charles) Louis Bouraine qui est le frère de (Julie Augustine) Charlotte Bouraine, mère de grand-père Pierre (voir l'Ascendance Louvel). Les prénoms entre parenthèse sont ceux inscrits à l'état civil, mais, comme souvent, c'était le dernier prénom qui était utilisé couramment (c'était même parfois plus compliqué, comme on le verra).

Photo 1b. Louis parmi des militaires du 39e Régiment d'Infanterie à Rouen.

Un des soldats se prénomme Louis. Dans cette photo, j'ai longtemps pensé que Louis pouvait être celui qui est assis à droite. Cette conjecture reposait sur un possible "air de famille" et sur sur la description faite lors du Conseil de révision (notamment sa petite taille, voir page suivante). Malheureusement j'ai plus tard appris que le "344" écrit à la craie sur sa vareuse était le nombre de jours avant "la quille". Cela rend impossible que ce soit notre Louis Bouraine qui, en octobre ou novembre 1913, est encore "un bleu" qui vient tout juste d'entamer son service pour 2 années. À la date de la photo (voir plus bas) il reste encore à Louis un peu plus de 700 jours sous les drapeaux... Je dois donc avouer que je ne sais pas lequel de ces neuf soldats est "notre" Louis. D'après sa description physique, un châtain-roux aux yeux bleus et au menton rond, il pourrait aussi s'agir de celui qui est assis au sol (?).

Soldats du 39ème Régiment d'Infanterie. Ce qui est sûr, c'est que les hommes appartiennent au 39e R.I. comme l'indiquent les numéros sur leurs képis et sur leurs cols. Cette appartenance est confirmée par la mention figurant au verso de la carte : "Photo-Populaire, G. LONGUET, 60 rue du Mail, ROUEN - Photographe autorisé des 39e et 74e Rég. d'Inf". La photo n'a pas été l'objet de retouches d'anonymisation, comme c'est le cas de celle, similaire, de Pierre Louvel faisant également partie des archives de mon grand-père. C'est sans doute lié au fait qu'elle n'a pas été prise alors que la guerre était déclarée ni même imminente. Il est possible d'autre part que cette photo soit celle du groupe des conscrits de l'école des caporaux de 1913.

Photo 2. Portion du recensement de 1906, 38 rue d'Argenteuil à Bezons.
Y figurent Chandellier Eugène dit Albert, Jeanne (future femme de Pierrot)
et Marcel. La rue d'Argenteuil est devenue Jean-Jaurès après la guerre.

Qui est Albert ? Dans le coin, en haut à droite du côté texte, Louis a ajouté "Bonjour à Albert". Il est difficile d'être certain de l'identité de cet Albert avec les informations dont je dispose. Dans l'environnement familial, à Bezons en 1914, il y a bien Marcel Albert Chandellier, beau-frère de grand-père Pierre Louvel, le frère de sa femme Jeanne. Il est né le 12 juin 1897 et il a donc un peu plus de seize ans quand Louis écrit (voir la branche de Jeanne Chandellier dans l'ascendance Louvel). Louis pourrait s'inquiéter de sa santé qui est fragile. Cependant, le plus probable est qu'il s'agit d'Eugène Émile Chandellier, autre frère de Jeanne, né le 30 octobre 1889, dont le prénom usuel était Albert. Comme Louis et Pierrot il avait l'âge d'être mobilisé en 1914. J'ignore pourquoi on l'appelait d'un prénom ne figurant pas à sont état-civil, mais j'ai appris que c'était avéré dans la famille : "l'oncle Albert qui est mort à la guerre". Nous reparlerons de lui.

Photo 2b. Timbre et affranchissement

Envoyée deux fois. Cette carte postale recèle un petit mystère. En effet, si on examine avec attention son affranchissement on découvre que le tampon est du 19-10 / 13 (dix-neuf octobre 1913) en Seine-Inférieure (aujourd'hui Seine-Maritime, le mot "inférieure" n'étant pas politiquement correct). De toute évidence, ce tampon est antérieur au texte écrit par Louis. La carte aurait pu être réutilisée après qu'une adresse écrite au crayon à papier ait été effacée (je crois en deviner quelques traces sur l'original). Puisque la carte ne comporte pas d'adresse, il est probable qu'elle a été envoyée à Jules sous enveloppe ou bien remise en main propre par un tiers. Je ne peux savoir ni à quelle adresse, ni à quelle date postérieure au 19 octobre 1913 elle a été délivrée. Elle pourrait avoir été envoyée à Bezons où Jules et Jeanne résidaient ensemble, voisinant avec Albert Chandelier, et Louis Bouraine jusqu'en octobre 1913.

Voici la localisation des familles Chandellier et Louvel à Bezons au recensement de 1911 (voir la famille Bouraine en page suivante) :

Photo 3. Familles Chandellier - Louvel, rue d'Argenteuil (recensement de 1911)
Eugène Emile Chandellier est absent car sous les drapeaux.
La rue d'Argenteuil est aujourd'hui la rue Jean-Jaurès.

Cela ne va pas mal. L'inquiétude ou l'inconfort manifesté dans l'expression "cela pourrait aller mieux", rendait plausible une rédaction en juin ou juillet 1914, date à laquelle l'éventualité de la guerre se faisait plus précise. Cependant, le fait que, en août et septembre 1914, Pierrot Louvel n'est pas chez lui, puisqu'il est lui aussi mobilisé et probablement en garnison au dépôt de Vierzon - information fournie par une autre photo - invalide cette hypothèse. En conséquence, quand Louis envoie sa carte, il ne peut pas dire "Bonjour à Albert" et embrasser "cousine Jeanne ainsi que tout petit pierrot". Il semble donc que Louis fait simplement allusion à la vie de garnison que Pierrot a connue avant lui et qu'il apprécie peu... Cela favorise donc finalement l'hypothèse de l'envoi de la carte depuis la garnison de Rouen, à la fin de 1913 ou, au plus tard, au cours du premier semestre de 1914.

Le choix dans la date. J'ai tenté une estimation de la date à laquelle la carte a été écrite en spéculant sur la signification de ces 705 jours après lesquels "on en reparlera". Cette indication correspond à un peu moins de 2 ans. Nous pouvons alors faire l'hypothèse que Louis parle de la fin de son service militaire. Dans ce cas, si le nombre de jours calculé par Louis est juste en se fondant sur une durée de son service de 2 ans (730 jours), on peut fixer la date de l'écriture de la carte à 25 jours après son incorporation, soit le dimanche 2 novembre 1913. Notons que la classe 1912, après avoir été menacée d'un service prolongé lors de la préparation de la loi dite "des 3 ans", votée le 8 août 1913, y avait finalement échappé et devait être libérée de ses obligations militaires à la fin septembre 1915. La réalité en voudra autrement - doublement en ce qui concerne Louis...

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2 commentaires

Commentaire de: Roche [Visiteur]
Roche

Pourriez-vous me préciser où ce peloton d’élèves caporaux de 1913-1914 se trouvait. J’ai trouvé une carte postale d’un membre de ma famille faisant partie de ces “élèves caporaux de 1913-1914″ mais il n’y a pas de précision de lieu dans le texte au dos de la carte ! Merci. A Roche

31/07/2015 @ 18:19
Commentaire de: [Membre]

Bonjour A. Roche. Comme expliqué dans l’article, le cousin Louis a fait son service militaire à la caserne Hatry de Rouen. C’est là qu’il a été élève caporal. Vous pouvez trouver où votre parent a fait son service en consultant sa fiche matricule. Celle-ci est probablement accessible en ligne sur le site des archives départementales du lieu de recensement militaire (lieu de naissance le plus souvent). Cordialement. J.L.

02/08/2015 @ 14:40


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