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Les éprouvettes ont fait leurs preuves

Le 27 Février 2012 by Jac Lou1 réaction » • Partagez » Partagez cet article sur Facebook Partagez cet article sur Google+

Les éprouvettes ont donné leur verdict : la fécondation in-vitro (FIV) est possible et les enfants qui en sont issus vont bien. La technique est éprouvée. Nous sommes trente ans après la première FIV en France. Les commentaires que j'ai lus ou entendus m'ont inspiré ce qui suit. Attention, science-fiction (enfin, j'espère)

En faisant le ménage dans mes vieux fichiers-journaux, j'ai retrouvé un exemplaire du mardi 24 février 2082 dans lequel on fêtait le centième anniversaire de Noisettine, surnommée "alphanettine", la première d'entre nous. Je publie ci-dessous une transcription de l'article.

Noisettine a cent ans (Journal Le Grand-Parisien, 24 février 2082).

Comme on ne l'a pas oublié, c'est bien le 24 février 1982, il y a donc 100 ans, jour pour jour, qu'est survenue la première naissance française d'un bébé issu d'une fécondation scientifique moderne, un "bébé éprouvette" comme l'ont écrit, à l'époque, de nombreux journalistes. Cette première a eu les suites qu'on sait. La deuxième étape marquante a été la naissance en 2012, dans le service du professeur Leloup, d'un enfant conçu à partir d'un ovocyte vitrifié (conservé après congélation rapide, ndlr). Aujourd'hui nous sommes tous, ou peu s'en faut, les enfants de la science. À cette occasion, nous sommes allés poser quelques questions à la docteure Grenuye, directrice du CUREC, le Centre Unique de Reproduction Extra-Corporelle de la mégapole Ouest-Europe, implanté dans le quartier Elsàss.

Question: Docteure Grenuye, pouvez-faire le point sur la reproduction scientifique ? DG: Aujourd'hui, il ne reste que quelques cas exceptionnels de naissances de bébés dits "issus d'une fécondation ex-vitro" (FEV), c'est à dire en dehors de la voie normale des laboratoires génésiques, et quand on en parle c'est avec gêne (sans jeu de mot). En 2012 on comptait encore plus de 97% de ces conceptions "animales" [les FEV, ndlr]. Mais on a constaté une évolution rapide dans les mentalités. De plus, à partir des années 2020, il faut bien le reconnaître, une importante diminution de la fertilité due aux polluants divers, a été observée surtout dans nos contrées qu'on qualifiait alors de "développées". Ces deux phénomènes combinés ont permis de faire régresser rapidement ce comportement d'un autre âge qu'était la FEV.

Les débuts de la fécondation scientifique ont été un peu de l'artisanat. Elle se pratiquait quasiment à la main dans un petit laboratoire généralement situé dans un hôpital (c'était un lieu où l'on regroupait les personnes présentant des problèmes de santé, ce qui n'était pas rare en ces temps reculés). Mais grâce, d'une part, aux travaux du professeur Freddy Mann, qui a montré en 2012 qu'on pouvait obtenir des ovules à partir ce cellules souches, et d'autre part, au développement de l'utérus artificiel, à partir de 2024, grâce aux imprimantes tissulaires matricielles 3D de la société Siemence-Danon, on a vu apparaître les premiers ETAB [Etablissements de Télé-Accouchement des Bébés, ndlr]. Ces derniers ont été regroupés en 2053 dans notre Centre Unique, ici en Elsàss, pour réaliser des économies d'échelle et permettre une meilleure rémunération des actionnaires. Ainsi, commander un bébé est, en 2082, à la portée de "toutes les bourses", pour reprendre cette expression désuète et un peu ambiguë.

Question : Docteure Grenuye, comment envisagez-vous l'avenir du CUREC ? DG: La principale évolution en cours est la mise à disposition du public de la centrale de reprogrammation de l'ADN à travers le Réseau. Les futurs parents pourront, moyennant une petite augmentation du devis, choisir absolument tous les paramètres de leur bébé. Nous attendons toutefois que la sécurisation de l'accès à la base de données soit cent pour cent certifiée, car, comme vous savez, des menaces planent sur nos bébés. Les Anonymous ont réussi, lors de la première ouverture de ce nouveau service, à implanter des gènes de résistance à l'autorité dans plusieurs milliers, voire plusieurs centaines de milliers, des bébés en production. Malheureusement, à l'heure qu'il est nous ignorons lesquels et on envisage sérieusement une IAG [Interruption Anticipée de Gestation, ndlr] sur l'ensemble de la génération en cours. Cependant, la décision, comme vous l'imaginez, est lourde de conséquences financières, et elle n'est pas encore prise.

Question : Docteure Grenuye, qu'en est-il des projets de Reprogrammation Neuronale Post Accouchement ? DG: La RNPA n'est pas d'actualité et restera dans les cartons tant que la commission de l'ONU sur les Q.Ré [les très débattus Quotas des Religions, ndlr] ne sera pas parvenue à un accord. Mais la technique est prête.


Mon clone a cent ans. Interview de Noisettine-2.

Mon originale est née en 1982. Les techniques de l'époque étaient encore très rudimentaires et ne permettaient pas la reprogrammation génétique. Noisettine-1 n'était donc pas parfaite et elle a décidé, il y a vingt ans aujourd'hui, pour son quatre-vingtième anniversaire, de se faire cloner tant qu'elle était encore jeune. Je suis donc Noisettine-2 et j'ai pu bénéficier de tous les progrès de la science génésique. À l'âge de trois ans, j'ai compris que j'étais une enfant un peu spéciale et que mon originale avait terminé son développement embryonnaire dans le ventre de sa mère, ce qui me semble encore très étrange. Noisettine-1 m'a accompagnée jusqu'à mes quinze ans, il y a cinq ans, pour me transmettre sa personnalité de manière "naturelle". Nous avons alors décidé qu'elle devait être cryogénisée pour prévenir toute dégradation de son corps imparfait. Depuis cette date, nous la "réveillons" une fois par an, le 24 février, pour fêter son anniversaire et faire le point sur mon évolution indépendante. Pour l'instant tout va bien et nous continuons à être en harmonie à chaque réveil. Nous avons tout de même commencé l'an dernier à faire quelques séances de SAO [Synchronisation Assistée par Ordinateur, ndlr], et ça marche !

Cette année, le réveil a été un peu spécial puisque nous fêtions son premier centenaire. Les médics nous ont fait visiter une reconstitution du laboratoire de "Fécondation in-vitro", comme on disait à l'époque, dans lequel Noisettine-1 a été conçue. C'était à la fois émouvant et ridiculement désuet. Nous avons décidé ensemble, avant sa recryogénisation, que je devais entreprendre dès cette année notre dématérialisation. Nous allons mettre en chantier Noisettine-2i, notre avatar sur le Réseau. La procédure actuelle est encore pénible et nécessite de nombreuses séances longues, éprouvantes et coûteuses chez le e-Psy. Des multi capteurs correspondant aux cinq sens me seront d'abord implantés. Je serai ensuite reliée à l'EEPROG [Électro-Encephalo-PROGrammateur, ndlr] pendant six heures, deux fois par semaine. Le coût total de la procédure devrait dépasser un million de e-crédits Ouest-Europe, ce qui représente tout de même plus de six cent mille bitcoins. Mais nous voulons demeurer des pionnières et nous comptons sur des sponsors pour nous aider financièrement. Pixor-Waldi nous a déjà assurées de son soutien en échange d'une copie complète de l'avatar au terme de la dématérialisation. Donnons-nous rendez-vous dans 10 ans, ce qui est la durée prévue pour la création de notre double numérique.

Je ne suis pas un miracle de la science. Interview de Jacou (le prénom a été changé pour préserver son anonymat).

Je fête mes 20 ans, comme Noisettine-2 dont on parle beaucoup dans les flux ces derniers jours. Mais je ne suis pas "un miracle de la science" comme elle-même ou comme son originale. Si j'ai bien, moi aussi, comme son originale Noisettine-1, terminé ma croissance embryonnaire dans le ventre de ma mère, j'y ai également été conçu. Mais ça, je ne peux pas en parler si je ne veux pas qu'on me regarde avec dégoût. Notre famille appartient à la secte des BCBG [Bio-Concepteurs et Bio-Géniteurs, ndlr] qui a été fondée par mes parents en 2025 alors qu'ils n'avaient que 25 ans. Un des rituels fondamentaux de la secte consiste à réunir les enfants qui atteignent leur quinzième année pour leur faire découvrir ensemble les plaisirs naturels. Bien que notre secte soit officiellement reconnue, nous sommes en butte aux attaques permanentes des LGBT [Lesbiennes-Gay-Bi-Trans, ndlr] qui nous reprochent de vouloir entretenir une discrimination basée sur le sexe. Aussi, nous restons les plus discrets possibles. C'est relativement facile pour ce qui concerne notre rituel, mais c'est difficile dans le cas d'une grossesse "animale", comme ils disent, car ça se voit. De plus, contrairement aux gens "normaux" qui n'achètent aujourd'hui au plus que deux bébés, nos parents ont eu quatorze enfants. Et une famille aussi nombreuse, ça se voit aussi !

Ce qui a rendu possible une telle fécondité de mes parents, c'est le fait que dès leur propre enfance ils ont été élevés par des parents écologistes, adeptes de l'alimentation qu'on qualifiait à l'époque de "bio", donc protégés le plus possible de la contamination par les polluants divers. Maman et papa ont pu ensuite bénéficier des traitements de prolongation de la fertilité découlant des travaux du Professeur Freddy Mann et de ceux du professeur Ernest Emilien Beaunieu. Mais quand je suis né, en 2062, maman qui avait 62 ans a décidé de ne plus procréer. Je suis donc le "petit dernier". Nous sommes également sous la menace d'une stérilisation à la demande de la société Mansonta qui a le monopole de la production des ovules et des spermatozoïdes et qui a déjà obtenu de plusieurs tribunaux, notamment en Indo-Chine et en Sud-Am, qu'ils reconnaissent que la réutilisation des semences est interdite. Nous tentons de résister. Certains des membres de notre secte sont passés dans la clandestinité. Nous avons aussi créé une Internationale BCBG et nous visons, grâce à notre fécondité très supérieure au reste des populations qui est sous contrôle strict de Mansonta, à constituer un groupe de pression suffisamment puissant dans environ 200 ans. Donnons-nous rendez-vous dans cent ans, je serai heureux de faire le bilan de notre action avec vous.

Le visage de Noisettine-2 provient du site the Face of Tomorrow. Voir aussi Face Research

Nota les noms réels des personnages cités, y compris ceux des scientifiques à l'origine des techniques, ont été modifiés.