Musique : la forme sonate

Le 7 Juin 2020 par Jac Lou Réagir (1) » Partage » Partagez cet article sur Facebook

  Dans trois précédents billets, je vous ai présenté les chapitres sur l'orchestre symphonique, sur le poème symphonique et sur la forme suite de mon cahier de musique. Le présent chapitre concerne *La forme sonate*, évolution de la forme suite. C'est sans doute le chapitre le plus "technique" mais le plaisir sera double, ensuite, de *savoir* ce qu'on écoute. Ici encore, il est augmenté par des liens vers les auditions des oeuvres et vers la biographie des auteurs cités : les noms des auteurs mènent sur Wikipédia et les titres des oeuvres conduisent sur Youtube (*).

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Audition : Sonate de chambre, 6ème sonate en Sol mineur pour Violon seul et Basse continue (prélude, courante, allemande, sarabande, rondo) de François Francœur

1. Définition

C'est la forme type de la musique instrumentale en plusieurs mouvements, directement issue de la "suite".

Écrite à l'origine pour instruments à cordes et orgue (sonate d'église au 16e siècle), ou pour instruments à cordes et clavecin (sonate de chambre au 17e siècle), elle devient presque exclusivement une œuvre pour *clavier seul* (clavecin ou piano) ou pour un instrument quelconque *avec clavier*.

2. Caractères

  • Ensemble composé en principe de trois morceaux (ou mouvements) chacun de coupe ternaire.
  • La présence dans chaque mouvement de deux ou trois thèmes, différant comme caractère, comme structure et comme tonalité, crée un élément nouveau de vie et d'expression.

3. Plan d'ensemble

  1. Premier mouvement : vif (allegro), ton de la sonate
  2. Deuxième mouvement : lent (andante, moderato, adagio, largo), ton de la dominante (*), quelquefois de la sous-dominante (*).
  3. Troisième mouvement : vif (allegro, presto, rondo)

4. Plan et éléments constitutifs de chaque mouvement de la sonate classique

A. Premier mouvement :

rapide (allegro)

Audition : Sonate pour piano et violon no 26 en Si bémol Majeur K 378 de Wolfgang Amadeus Mozart (premier mouvement).

Introduction lente facultative

  • Exposition des thèmes :
     1. thème A : dans le ton initial, généralement "masculin" (robustesse, caractère rythmique)
     2. Pont : passage plus ou moins développé qui, par une suite de modulations, amène à la tonalité du thème B
     3. thème B : ton de la dominante (*) ou ton relatif majeur (*) si le thème A était mineur, généralement "féminin" (gracieux, caractère mélodique)
     4. thème C (éventuellement) : ton du thème B
    Cette exposition est généralement reprise deux fois intégralement.
  • Développement :
    Travail de caractère savant et polyphonique à partir d'éléments des thèmes et pour lequel le compositeur peut moduler dans les tons voisins du ton initial.
  • Réexposition :
     1. thème A : ton initial
     2. thème B : ton initial
     3. thème C : ton initial
    Remarque: dans la réexposition, il est parfois intercalé un court développement
  • Coda :
    Conclusion où réapparaît le plus souvent le thème A

B. Deuxième mouvement :

lent (andante par exemple) dans le ton de la dominante (*), de la sous-dominante (*) ou, si le premier mouvement était mineur, ton relatif majeur (*).

Deux possibilités s'offrent au compositeur classique

C. Troisième mouvement :

vif, dans le ton initial.

Deux possibilités :
 1. forme semblable à celle du premier mouvement, mais sans introduction lente, les thèmes employés sont différents de ceux du premier mouvement.
 2. forme rondo (vient du rondeau français, chanson de danse populaire médiévale caractérisée par le retour régulier d'un refrain donc de la forme : A, B, A, C, A, D, etc.)

D. Morceau intercalé :

parfois on intercale entre B et C (mouvement lent et final) un menuet ou un scherzo (Beethoven, par exemple)

5. Évolution

 • sonate d'église (16e siècle) et de chambre (17e siècle)
 • sonates pour clavecin de Bach et Scarlatti encore proches de la suite
 • forme quasi définititve donnée par Carl Philipp Emanuel Bach
 • Joseph Haydn : perfection formelle de la sonate classique
 • Mozart : peu de modifications, il développe le pont et le rondo final
 • Beethoven : apogée de la sonate
   - valeur expressive et contrastante des thèmes qui deviennent véritablement des élements de drame
   - développement du pont et de la coda
   - il intervertit parfois l'ordre des mouvements (sonate "Clair de lune" - 1er mvt lent)
   - affinité entre les idées (thèmes) des différents mouvements (sonate "Appasionata")
 • Après Beethoven, elle tombe en désuétude (décadence) pendant l'époque romantique
 • Essai de rénovation de la *forme sonate* dans l'école française contemporaine
  par ex : Paul Dukas (♫), Francis Poulenc (♫)

Audition : final de la sonate en Si bémol Majeur de Ludwig van Beethoven - forme combinée de 1er mouvement et de rondo.

nota : les auditions marquées en violet ne figuraient pas dans mon cahier


NB ce billet reprend un cours de notre professeur de musique à l'École normale d'instituteurs de Versailles, Roger Blin (1921-2017).

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L'original aux feuilles jaunies par le temps (6 pages)

(re)Voir l'orchestre symphonique (introduction et description des instruments)
(re)Voir le Poème symphonique
(re)Voir la forme Suite
À suivre... "La symphonie"