Balade sur l'esplanade de La Défense

Le 29 Septembre 2018 by Jac LouRéagir » • Partagez » Partagez cet article sur Facebook
Balade sur l'esplanade de La Défense

Sortie CNIT. La Grande Arche, dernière station. Tout le monde descend. Annonce en quatre ou cinq langues dont allemand, espagnol, chinois et japonais, enfin je crois. Je sors à l'avant du quai et je monte par l'escalier. J'abandonne l'escalateur à ceux qui ne prennent pas soin de leur cœur. Faire le point. J'ai continué dans le même sens que le métro et je débouche dans le grand hall de la gare multimodale du côté "Grande Arche". Devant moi, ce sont donc les gares ferroviaires. D’ailleurs c’est indiqué. Donc, faire demi-tour pour trouver une sortie. À droite, la sortie conduit au centre commercial des Quatre temps. Pour le Cnit et le soleil, c’est sur le côté gauche. Ça signifie quoi, Cnit, déjà ? Je ne sais plus très bien. Quelque chose comme un centre de l’industrie et la technologie. Pas facile de repérer cette sortie parmi toutes les échoppes, les magasins et les les buffets de restauration rapide qui bordent le hall. Voilà, c’est là. La relative tranquillité des lieux est un peu surprenante après l’animation du grand hall. C’est même confortable. Il y a des lumières aux couleurs changeantes, des plantes vertes véritables ou pas, des murs d’eau. Quelques volées de marches et me voilà sous la voûte du Cnit. Décidément, c’est gigantesque. Je me sens fourmi dans ce grand espace libre. Je lève les yeux. Le plafond doit culminer à plus de 40 mètres de hauteur. Impressionnant ! Si je me souviens bien, le voile de béton tout là haut, au dessus de ma tête, n’a pas plus de six centimètres d’épaisseur. Ah oui, le "n" de Cnit, c’est pour « nouvelles ».

Pour toujours. Je ne vais pas aller traîner encore une fois dans la Fnac dont une entrée est là, dans le premier sous-sol du hall du Cnit. Résister à l’envie. C’est bon pour mes finances. La sortie est derrière moi, vers la dalle de l’espace piétonnier de La Défense. Il faut passer par une des portes de l’immense verrière qui sert de façade. Le Cnit a les dimensions d’une cathédrale, on s’attendrait presque à y trouver des vitraux, mais ce ne sont que des vitres. Je vous en prie madame, entrez, je vous tiens la porte. Eh ! Il ne faut pas exagérer. Ce couple d’asiatiques en profite aussi pour se faufiler avant moi dans l’ouverture. Pourraient dire merci. Je ne suis pas le clos-porte de service. Le grand air fait du bien après le confinement du métro. Je n'ai pas pris mon appareil photo. Ça ne fait rien, je vais brandir mon ordi-photo-agenda-taille-crayon-phone (ah non, pardon, pas taille-crayon) comme tout le monde fait aujourd’hui. La qualité des images dépend de l’objet photographié et de l’œil du photographe, et très secondairement de l’appareil utilisé. Sur le moment, les images que je capture me semblent forcément admirables. Mais je serai plus critique, c’est sûr, quand je les reverrai dans quelque temps. Des milliers de personnes ont pris les mêmes photos. Ont-elles plus d’intérêt parce que c’est moi qui les prends ? Sans doute. Dans la mesure où je me souviens, quand je les revois, des conditions et de l’endroit où je les ai faits, les clichés ont un intérêt pour moi, qu’ils soient originaux ou pas. Et je me rappelle les circonstances de la prise de vue pour presque toutes mes photos. Des dizaines de mille depuis soixante ans. Choisir un angle et mettre en scène le sujet dans un cadre a pour effet de fixer quasiment pour toujours le moment dans ma mémoire. Ouais, un toujours limité, qui finira avec moi.

Ostentation. Sur la droite, la Grande Arche. « Le Cubic » comme a dit Ludo, mon petit cousin slovaque, lors de sa première visite. Moi, j’aurais dit l’hyper-cubic. Une projection dans l’espace à trois dimensions, le nôtre, d’un hyper-cube à quatre dimensions. Un tesseract. Une figure géométrique chère à Salvador Dali, sous sa forme développée, dans son tableau « corpus hypercubus ». J’ai pris des photos du "trou" gigantesque creusé pour sa construction. C’est en rapport avec ce que je me disais à propos de ma mémoire des photos. Je vois le bâtiment, je vois le trou qui l’a précédé et que j’ai immortalisé de manière éphémère dans l’Ektachrome, avant qu’il finisse dans le silicium. Cet immeuble est imposant, mais pas écrasant. Il laisse passer le ciel dans son ouverture. Il faudra que j’essaie de revenir à l’équinoxe pour voir le soleil s’y coucher. À ce moment là de l’année, il devient un monument qui s’ouvre sur l’univers, un édifice cosmique, un "Temple du soleil". Après avoir fait ériger une pyramide de verre dans la cour Napoléon du Louvre, le président Mitterrand a fait construire « son » Arche de la Fraternité à l‘autre extrémité de l’axe historique de Paris, la fameuse Voie royale voulue par Louis XIV ! Quelle ostentation prétentieuse. Et quelle dilapidation d’argent public, aussi. Le président Chirac a été plus modeste et plus discret avec son Musée quai Branly - encore une contrepèterie. Il faut dire que le président Mitterrand lui a laissé peu d’emplacements libres dans Paris, et aussi probablement moins d’argent dans les caisses. Je me sens un peu copropriétaire des lieux et légitime quand je me remplis gratuitement les yeux du spectacle offert par ces édifices, puisque ce sont mes impôts qui les ont financés. Pour des raisons techniques, la Grande Arche n’est pas exactement alignée avec l’axe. Toutefois cette position légèrement de guingois met finalement mieux en valeur son volume.

Je dis pouce. Je vais marcher jusqu’au bas de l’esplanade. Une bonne balade le nez au vent, il n’y a rien de tel par un si beau temps. « Nez au vent », néanmoins, sans le vent, que reste-t-il de cette expression ? Mais je ne peux résister à l’attrait de l’Arche. Aller m’asseoir quelques minutes sur les marches pour profiter de la perspective. C’est un petit détour, mais j’ai du temps devant moi. À ma gauche, ça fourmille un peu. C’est le passage vers l’université privée Léonard-de-Vinci face à l’entrée nord du Cnit. Un exemplaire géant en bronze du pouce de César me fait un doigt d’honneur : "J'occupe l'espace public, mais si tu me prends en photo, tu n'auras pas le droit de la montrer. Mes ayant-droit y veillerons". C’est bête. Je me demande ce que devient la pétition que j’avais signée pour que le droit français des images rejoigne le droit de la majorité des états européens.

En devenir. Mais quelle vue depuis le pied de l’Arche ! Le vaste espace entre le Centre commercial des Quatre-Temps et le Cnit est quasiment vide, sauf quelques piétons minuscules qui s’autoportraitisent, sauf également quelques jeunes gens qui font admirer à deux ou trois supporteurs et supportrices leurs exploits sur une planche à roulettes. Le regard porte loin, c’est reposant pour la vue d’accommoder au punctum remotum. La perspective s’étrécit dans la distance entre deux enfilades de constructions et de tours, toutes différentes. Un vrai musée de l’architecture moderne. Un musée en construction permanente si j’en juge par les nombreuses flèches rouge et blanc des grues qui rayent et balayent le ciel bleu. Chaque fois que je viens il y a du nouveau. J’aime bien les choses en devenir. Je vais faire quelques photos graphiques et colorées avec ces grues, des images proches de l’abstraction. À propos de musée, il y a d’autres œuvres que le pouce de César en plein air sur la dalle. Pas loin de soixante-dix, je crois. Je ne suis pas certain de les repérer toutes sans un guide. Il faudra que je télécharge l’appli qui propose des parcours de découverte. Un jour. Aujourd’hui je me balade sans objectif défini, sauf celui de mon photo-phone.

De loin. En tout cas, il y a une œuvre d’art qu’on voit de loin, là-bas, sur la gauche. Je n’ai pas à chercher. C’est l’araignée rouge, un stabile de Calder. D’où je suis je ne vois qu’une sorte d’arche rouge, mais je vais m’approcher. Si je ne me trompe pas, les deux personnages fantastiques de Joan Miró doivent être en face, sur la droite, près d’une entrée du centre commercial des Quatre-Temps. Ils sont éclatants de jaune, de bleu et de rouge. Du pur Miró, comme je l’aime. Mais pour l’instant je ne les vois pas encore.

Le glaive et le drapeau. Toi, la statue de La Défense, je te connais depuis bien avant la construction du quartier d’affaires qui porte ton nom. Quand j’étais gamin, je ne prêtais pas trop attention à ton existence au centre du rond-point de Courbevoie que nous contournions pour aller à Paris. J’ai cru pendant un temps qu’on t’avait fait disparaître. Mais non. Te voilà revenue quasiment au même endroit, dans un environnement qui doit bien te dépayser. Tu n’es pas mal placée, près de la grande fontaine monumentale. "La défense de Paris", cela semble ici bien anachronique. Ton vieux bronze vert-de-grisé tranche avec le clinquant des façades alentour. Le glaive que tu tiens à la main et le fusil Chassepot du combattant assis à tes pieds pour un combat oublié de tous paraissent, de nos jours, à la fois bien belliqueux et désuets. Une symbolique difficile à décrypter pour nos contemporains. Tu ne te serais pas un peu inspirée du tableau de Delacroix « La liberté guidant le peuple », la fougue et la véhémence en moins ? Toi, c’est plutôt le mode « force tranquille » cher au président Mitterrand. Ah, une plaque indique que c’est un certain Barrias qui t’a sculptée. Un nom qui m’est inconnu. Je sais que Rodin avait proposé une autre statue à ta place. Elle doit être dans le jardin du musée Rodin. Il faudra que j’aille lui rendre visite. Un jour.

Traces. Les jets d’eau de la Fontaine Monumentale, derrière la statue de La Défense, embrumisent l'atmosphère. Le bassin, entouré de bords colorés frémit de joie. Et là, à contre-jour, dans un passage sombre sous un bâtiment, voilà une œuvre vraiment mal mise en valeur. Est-ce volontaire, pour lui donner encore un peu plus de mystère ? Elle est déjà bien étrange. Deux jambes jointes, énormes, aux pieds nus. De plus près je découvre qu’elles sont surmontées par deux bustes hors échelle par rapport aux jambes. Chaque buste semble avoir glissé tout le bas de son corps dans une botte de pêcheur en forme de jambe. Dans les traces de nos pères. C’est le nom de l’œuvre de Jankovic. Les traces des miens sont sous le béton épandu ici.

Installations. Partout ou presque des chantiers. Partout ou presque des grues sont déployées. Le quartier se transforme. Mais ça n’est pas laid. C’est rendu plaisant par des panneaux de couleurs disposés pour dissimuler les travaux et par la création de formes graphiques changeantes et étonnantes. Partout aussi des miroirs. Les parois de verre des murs reflètent en les déformant les miroirs d’autres murs, créant des mises en abyme déroutantes. Un labyrinthe de lumière et d’images virtuelles est créé. Des murs changent de place et d’autres murs s’édifient. Icare méfie toi ! Je sais qu’il y a des sculptures portant ton nom quelque part sur l’esplanade, mais je ne les ai pas encore vues. Il n'y a pas si longtemps, on pouvait profiter d'œuvres exposées temporairement, mais vite adoptées par les jeunes. Ils les envahissaient, les chevauchaient, s’y installaient, les utilisaient comme si elles avaient toujours été là. Bien qu’intrigantes, elles faisaient en effet partie du décor. Leur intégration était réussie. Dans les photos il ne sera pas facile a posteriori de distinguer le temporaire de ce qui constituait le décor habituel du lieu. Ceux qui auront vu ces œuvres auront une sensation de vide après leur retrait... Jusqu'à la prochaine installation.

Bout de piste. Un dernier regard pour l’Arc de triomphe de l’Étoile, au delà du Bassin du sculpteur Takis et ses Signaux lumineux qui me rappellent les balisages à l’entrée des pistes d’atterrissage dans les aéroports. Attachez vos ceintures, mesdames et messieurs, nous allons nous poser. Atterrissage réussi au pied de la tour « Initiale », la première construite ici sous le nom de tour « Nobel ». Je m’en retourne. Je vais aller voir les autres Signaux de Takis à l’autre bout de la piste, juste derrière la Grande Arche. La boucle sera bouclée.

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D'autres photo sur la statue de La Défense de Paris (clic) ou sur la Tour Eiffel qui s'invite à La Défense (clic)

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