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L'âne frotte l'âne

Le 31 Janvier 2012 by Jac LouRéagir » • Partagez » Partagez cet article sur Facebook Partagez cet article sur Google+

Les infos. Aujourd'hui, au journal télévisé de 20 heures sur France 2, je découvre un reportage sur des méthodes de recrutement qui favorisent "l'intuition". On sélectionne les candidats qui seraient capables de "voir" une photo cachée dans une enveloppe ou au moins capables de "sentir" certains éléments présents dans la photo sans la voir. Le commentaire des journalistes, qui se veut sans doute neutre, ne met pas en doute clairement la validité de la méthode, malgré l'avis d'un psychiatre (pourquoi un psychiatre ? Ce choix n'est sans doute pas neutre) qui n'a droit cependant qu'à quelques secondes pour exprimer ses réserves. Autrement dit, ce reportage peut laisser le téléspectateur peu attentif sur l'impression que la voyance ou l'extra lucidité existe ! Ou la télépathie, allez savoir, car pourquoi ne pas aussi imaginer que le candidat lit la réponse dans la tête de celui qui fait passer le test.

Stupide. Comme souvent entendu, on a expliqué dans le reportage les prétendus résultats positifs au test de "vision intuitive" en affirmant que le cerveau se comporte comme un ordinateur qui analyserait de façon subconsciente de nombreux paramètres. Cette affirmation est stupide à plus d'un titre. Elle repose sur une totale méconnaissance du fonctionnement à la fois du cerveau et des ordinateurs.

Défini d'avance. D'abord les ordinateurs n'analysent pas des paramètres qui ne sont pas au préalables définis et mesurés ! Donc pas de données "subconscientes" dans les ordinateurs. Tout au plus peut-on mettre en évidence, en utilisant un programme, des effets trop faibles pour être perceptibles directement par ceux qui ont récolté les données ou des liens statistiques peu évidents. Mais les buts et objectifs ainsi et les moyens pour y parvenir ont été tous définis d'avance par le programmeur. Ce dernier connaissait les données qu'il fallait traiter et avait défini ce qu'il fallait chercher et trouver. Il n'y a pas de place pour l'invention ou l'intuition dans un programme. Ces qualités sont dans le cerveau des programmeurs ou des utilisateurs des ordinateurs.

Une petite bière. Ensuite, oui, le cerveau a bien en partie un fonctionnement intuitif qui consiste à mettre ensemble ou à rappeler des informations reçues ou engrangées de façon non obligatoirement consciente par l'individu. Mais c'est justement ce qui différencie un cerveau d'un ordinateur : la capacité de combiner une expertise dont les mécanismes sont difficilement exprimables en mots ou en "recettes" et une analyse rationnelle et pondérée des faits. Sélectionner sur la seule intuition revient donc à se priver de ce qui fait la puissance du cerveau comme outil d'analyse et de prise de décision et donc sa suprématie sur l'ordinateur. Remarquons au passage que parmi les éléments inconscients pris en compte par "l'humeur" d'un cerveau, il y a la nature du repas pécédent, l'envie de boire une bière, la qualité du dernier rapport sexuel, l'agacement ressenti lors du dernier discours du président, la gifle donnée par son père devant les amis il y a quinze ans, une soudaine douleur au ventre, etc. Tous éléments qui ne sont pas forcément pertinents lors d'une prise de décision au sein d'une entreprise.

Ne pas recruter. Interprétons, comme je le suggère plus haut, la capacité d'un candidat à connaître le contenu d'une enveloppe fermée comme résultant de la lecture par le dit candidat de la nature de ce contenu dans l'esprit de celui qui conduit le test. Il me semble qu'un tel candidat bénéficierait d'un avantage sur sa hiérarchie, car il aurait déjà compris en le lisant dans l'esprit du recruteur que ceux qui le sélectionnent sont des ânes ... Mon conseil serait de NE PAS recruter un candidat aussi incontrôlable.

ânes

Asinus asinum fricat (l'âne frotte l'âne). Autrement dit, les cadres des entreprises qui pratiquent ce recrutement "intuitif" sont des ânes qui demandent à d'autres ânes, les "recruteurs de l'intuitif", de trouver des personnes qui auraient des facultés miraculeuses. Le risque est double, car en plus de recruter éventuellement, si le principe était vrai, des collaborateurs potentiellement dangereux (voir ci-dessus), les décideurs mettent l'avenir de leur entreprise entre les mains de recruteurs tout aussi dangereux qui, à l'aide d'une trechnique non fiable, sélectionneront en fin de compte n'importe qui ...