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03/11/2011

Vie sur Mars : Curiosity et les martiens volants de Camille Flammarion

  11:18:00, par Jac Lou   , 1014 mots  
Catégories: Astronomie

Camille Flammarion, frère d'Ernest Flammarion, fondateur de la maison d'édition du même nom, est un astronome du 19ème siècle encore célèbre de nos jours. Ses écrits un peu aventureux sur "La pluralité des mondes habités" lui ont valu d'être renvoyé de l'Observatoire où il était élève astronome. Ce renvoi, en le libérant du poids de l'académisme universitaire, a sans doute renforcé sa volonté de faire partager les connaissances scientifiques au plus grand nombre, faisant de lui un vulgarisateur reconnu ou contesté.

En août 1873, il écrit dans La Nature, alors toute jeune revue de vulgarisation, un article sur la planète Mars, un de ses sujets d'étude favori. Je trouve intéressant, à l'heure où un nouveau robot explorateur de Mars, Curiosity, s'apprête à partir, de rappeler ce que disait Flammarion de la planète rouge, résumant les connaissances de son époque. Les deux images qui suivent comparent un dessin de la planète Mars par Camille Flammarion en juin 1873 avec une photographie faite à l'aide du Téléscope spatial Hubble en 1999. Dans les deux cas la planète était proche de l'opposition, c'est à dire au plus près de la Terre (environ 87 millions de km en 1999). Les deux images montrent à peu près la même vue (Syrtis Major). Le pôle Nord est en bas à droite (la photo Hubble a subi un renversement et une rotation pour lui donner la même orientation que le dessin de Flammarion, renversé par la lunette astronomique)

Mars vue par Hubble (photo NASA) pendant l'opposition de juin 1999.

 

Dans son premier article de la revue La Nature, C. Flammarion fait une description des connaissances de son époque sur la planète Mars, connaissances largement conjecturales. Dans son second article, la semaine suivante, il entreprend de construire une théorie sur les éventuelles populations de Mars. Il analyse les faits qu'il a décrits précédemment comme étant établis, et conclut à une grande analogie entre Mars et la Terre sur la plupart des caractères physiques. Les seules exceptions notables à cette similitude sont la taille et la masse, donc la pesanteur à la surface, nettement plus faibles pour Mars. Il déduit de cette analyse ce que pourrait avoir été l'évolution des formes de vie de cette planète, incluant des végétaux, des animaux et des hommes de Mars. Voilà ce qu'il écrit alors.

Sur Mars l'intensité de la pesanteur étant presque trois fois moindre, au lieu de 33 centimètres [sur Terre, NDLR], il suffirait de s'élever de 12 centimètres par battement d'ailes d'un quart de seconde pour pouvoir se soutenir dans l'air et planer. Or, le même effort musculaire, qui nous élèverait ici à 5 centimètres nous porterait là à 13 centimètres, ce qui serait déjà suffisant pour vaincre la pesanteur. Mais d'autre part, un poids de 75 kilog. n'en pèserait que 28 kil. 65 à la surface de Mars. Si donc, nous supposions aux hommes de Mars, une force musculaire égale à la nôtre, et un poids réduit proportionnellement à l'intensité de la pesanteur, nous en conclurions qu'il leur serait aussi facile de voler qu'à nous de marcher, et qu'ils peuvent se soutenir dans les airs à l'aide d'une construction anatomique peu différente de celle des grands voiliers de notre atmosphère.

Ce sont là, sans contredit, des hypothèses bien conjecturales ; mais elles sont appuyées toutefois sur une argumentation judicieusement fondée. La faible intensité de l'attraction de Mars permet aux végétaux de s'élever beaucoup plus haut que sur la Terre, toutes choses égales d'ailleurs. Il en est de même pour les animaux qui marchent sur le sol. Cette même cause a dû déterminer une prédilection pour les formes aériennes, et les races animales les plus importantes, c'est à dire les vertébrés, depuis le premier échelon du genre jusqu'à l'homme lui-même, ont dû se construire, se développer, se succéder et s'établir définitivement dans la vie atmosphérique. La sélection naturelle n'a pu qu'aider encore à l'affirmation vitale de ce règne aérien.

Dans la conclusion de ses articles, C. Flammarion oublie les réserves qu'il a pu formuler précédemment et il reprend son hypothèse d'une population de la planète Mars par des êtres majoritairement volants. Il décrit une planète en tous points analogue à la nôtre, y compris en ce qui concerne la présence d'une "race humaine" qui nous ressemble au moins par l'esprit. Nos connaissances actuelles contredisent une bonne partie de ce que Flammarion tenait pour des évidences : présence d'eau liquide constituant de véritables océans, présence de végétation. La présence de formes de vie n'a pas encore été infirmée totalement. Découvrir d'éventuelles traces d'une vie présente ou passée est une des missions de "Curiosity", le prochain robot martien qui devrait être lancé le 25 novembre 2011 par une fusée Atlas V depuis le Kennedy Space Center en Floride (USA). La curiosité de "Curiosity" sera-t-elle récompensée par la découverte de ces traces de vie ? Ou faudra-t-il débaptiser le robot et l'appeler "Disappointy" ?

L'atmosphère qui l'environne [Mars, NDLR], les eaux qui l'arrosent et la fertilisent, les rayons du soleil qui l'échauffent et l'illuminent, les vents qui la parcourent d'un pôle à l'autre, les saisons qui la transforment, sont autant d'éléments pour lui construire un ordre de vie analogue à celui dont notre propre planète est gratifiée. La faiblesse de la pesanteur à sa surface a dû modifier particulièrement cet ordre de vie en l'appropriant à sa condition spéciale. Ainsi le globe de Mars ne doit plus se présenter à nous désormais comme un bloc de pierre tournant au sein de l'immensité dans la fronde de l'attraction solaire, comme une masse inerte, stérile et inanimée, mais nous devons voir en lui un monde vivant, peuplé d'êtres sans nombre voltigeant dans son atmosphère, orné de paysages où le bruit du vent se fait entendre, où l'eau reflète la lumière du ciel. Nouveau monde que nul Colomb n'atteindra, mais sur lequel cependant toute une race humaine habite actuellement, travaille, pense, et médite comme nous sans doute, sur les grands et mystérieux problèmes de la nature.
Camille Flammarion.  

Lire l'intégralité de l'article (La Nature, n° 10 et 11 des 9 et 16 août 1873, pp. 145-148 et 171-174) : fichier PDF 3Mo (clic)

Voir l'article 'Camille Flammarion' sur Wikipedia.

Consulter la description de la mission "Curiosity" (clic) ou encore la page Facebook du robot (clic) - en anglais -.

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