Catégorie: "Humeur"

T'es de quel signe ?

Le 21 Septembre 2018 by Jacq Lou1 réaction » • Partagez » Partagez cet article sur Facebook Partagez cet article sur Google+
T'es de quel signe ?

Sous le signe de la question.

 Il arrive de temps à autre qu'on me demande : "et toi, t'es de quel signe ?". À cette question je réponds invariablement par une plaisanterie, comme celle-ci par exemple : "je suis du signe du Cygne" (c'est une constellation qui ne fait pas partie du zodiaque - bien étaler sa culture permet d'en boucher les trous)

 ... ou comme celle-là : "je suis du signe de Zorro. Zip-zip-zip, à la pointe de lépée !". Mais enfin, ai-je besoin d'être né sous un signe pour être un insigne personnage ? Ce qui me met mal à l'aise dans cette circonstance, c'est qu'en réalité je connais la réponse. Il m'est honnêtement impossible de répondre "je ne sais pas". Je sais à quel signe la prétendue science astrologique voudrait m'assigner. Je n'ai pas pu me plonger dans le grand bain social sans être imprégné par cette croyance populaire. Et me voilà avec une étiquette, une de plus. Celle-là est portée et partagée par des milliers (*) de pauvres humains qui n'ont en commun que d'être nés quelque part, un certain moment de l'année, et qui, pour cette raison, devraient avoir la même vie amoureuse que moi ou les mêmes espoirs professionnels ! Essayer de décoller cette étiquette est peine perdue. Comme le bout de sparadrap dans "L'affaire Tournesol" (*), je la retrouve toujours au détour d'une conversation.

Je vous ferai signe.

 J'ai parfois jugé opportun d'expliquer pourquoi utiliser son signe de naissance pour donner un sens à sa vie n'est pas très sérieux. Mes explications se sont heurtées généralement à l'indifférence de mes interlocuteurs·trices. Trop long à écouter, trop compliqué, trop sérieux... Trop c'est trop. Pour la plupart des gens, parler de signe astrologique c'est distrayant, voire divertissant, alors écouter le pédant qui vous parle de science et de raison est profondément ennuyeux. Le barde bavard signe son propre avis d'exclusion.

 Mais je ne me décourage pas. Certain·e·s finiront par entendre que la langue des signes a fourché quelque part et que les signes astrologiques du zodiaque ne sont plus ce qu'ils étaient. Je m'explique : les signes en question ont été définis il y a plus de 2400 ans, comme étant les constellations stellaires (les groupes d'étoiles, lire sur Wikiédia) devant lesquelles se trouve le Soleil à un moment de l'année quand on regarde dans sa direction depuis un endroit de la Terre. Les 360° du ciel (sa circonférence complète) parcourus par le Soleil (*) au cours de l'année ont été divisés en douze parties égales, les douze signes (*), en commençant à l'équinoxe de printemps, moment remarquable de l'année s'il en est. Pourquoi douze te demandes-tu, petit·e curieux·se ? Parce qu'il y a douze lunaisons par an et que c'est donc une façon "naturelle" et pratique de diviser l'année et le ciel...

Le Soleil dans le zodiaque à l'équinoxe de nos jours (*).

Objection ?

 Je te vois venir avec ton esprit critique et tes signes de dénégation ! Tu vas m'opposer qu'il est impossible de voir les étoiles en plein jour, que l'on regarde dans la direction du Soleil - ce qui est par ailleurs dangereux - ou dans une autre direction. Oui, c'est vrai. Il y a toutefois une exception à cette impossibilité : si l'on se trouve au dessus de l'atmosphère, ce qui arrive de nos jours aux astronautes en orbite autour de la Terre, on peut voir à la fois les étoiles et le Soleil. Mais dans la pratique, je te l'accorde, il y a 2400 ans il n'y avait pas d'astronautes, et les constellations devant lesquelles se trouvait le Soleil à un moment donné de l'année n'ont pu être déterminées que comme étant celles qui étaient visibles à l'horizon est juste avant le lever du Soleil. Objection levée.

Le ciel à l'est le 20 mars 2018 à 7H* (équinoxe de printemps).
Le Soleil va se lever dans la constellation des Poissons.

Des signes à la dérive.

 Les astrologues manquent vraiment de chance. Ils ont l'insigne prétention de prédire ce que sera ta vie à partir du signe zodiacal qu'ils t'attribuent. Or, il y a une chose, pas si insignifiante, qu'ils n'ont pas su prédire. C'est que la position du Soleil lors de l'équinoxe de printemps qui est censée marquer le début du zodiaque - et donc la succession des signes au cours de l'année - ne serait pas toujours dans la constellation du Bélier. Rien n'est immuable ! Résignons-nous au fait que "tout se transforme" comme disait Antoine (*).

 Négligeons, si tu veux bien, le fait que le Soleil et les étoiles voisines (*) se déplacent les unes par rapport aux autres, modifiant ainsi, très lentement il est vrai (*), l'aspect des constellations.

Evolution de la constellation d'Orion
La constellation d'Orion entre -50 000 et +100 000 ans
Cliquer sur l'image pour l'agrandir ou ICI pour une animation

 En revanche, nous ne pouvons pas négliger le fait que la Terre ne tourne pas très rond. Son axe de rotation oscille lentement, comme celui d'une toupie qui ralentit, faisant un tour complet en 25760 ans environ. Ce lent mouvement de l'axe entraîne une modification de la perspective que nous pouvons avoir du soleil et des étoiles qui nous entourent. En conséquence le bel ordre du ciel se modifie avec le temps et le zodiaque d'aujourd'hui n'est plus le même que le zodiaque des origines (*).

Soleil et constellations au début de l'été il y a 2400 ans.
Notre étoile se trouve dans la constellation du Cancer.

 Pour peu que tu n'aies pas peur du calcul mathématique, tu auras sans doute remarqué que si on divise 25800 ans par 12 (comme les douze mois de l'année ou les douze signes du zodiaque) on obtient comme résultat 2150 ans (*), c'est à dire presque la même durée que celle qui s'est écoulée depuis l'invention du zodiaque. Depuis la définition du zodiaque il y a 2400 ans, l'axe de rotation de la Terre s'est donc déplacé d'un peu plus d'un douzième de tour, soit grosso-modo la largeur d'un signe du zodiaque. "Et quelle est la signification de tout ça ?", me diras-tu. Aujourd'hui, te répondrai-je, lors de l'équinoxe de printemps, le Soleil ne se trouve plus devant la constellation du Bélier comme l'avaient si pertinemment remarqué les anciens, mais devant celle des Poissons. Et voilà un zodiaque écorné, un zodiaque qui tombe à l'eau. Horreur, malheur ! Les cornes du Bélier sont des truites. Du coup, te voilà tout ouïe.

Soleil et constellations au début de l'été de nos jours.
Notre étoile se trouve dans la constellation des Gémeaux.

  Donc, en 2018, le Soleil est en avance d'un mois devant le zodiaque "classique", encore appelé "zodiaque tropical" (*). Prenons un exemple : si tu es né au début de l'été, vers le 1er juillet (au hasard), les astrologues te disent que tu es du signe du "Cancer" parce qu'il ya 2400 ans le Soleil se trouvait devant cette constellation à ce moment là de l'année... Or, à la date susdite, le Soleil se trouve de nos jours devant la constellation des "Gémeaux". Ouf ! C'est bon signe. Tu n'es plus seul et tu n'as pas besoin de chimiothérapie... Les deux dernières illustrations ci-dessus, le montrent (*).

Sidération.

  Compliquons encore un peu. Tous les astrologues ne se sont pas laissé piéger dans ce zodiaque périmé ou le signe du Bélier tombe au moment où le Soleil illumine la constellation des Posisons. Sous d'autres cieux que les nôtres, des astrologues ont inventé un autre zodiaque, le sidéral, qui, lui, fixé par rapport aux étoiles, ne change pas, ou du moins pas aussi "rapidement" (*) que le tropical. J'admets que c'est sidérant. Mais ne compte pas sur moi pour t'expliquer cette nouvelle entourloupe (*). Si tu restes "classique" et si tu veux savoir sous quel *vrai* signe zodiacal tropical est né quelqu'un, regarde le signe qui est AVANT celui qu'on indique dans les tables des astrologues. Autre possibilité : tu t'arranges pour vivre très longtemps et dans 23000 ans environ, les repères du zodiaque seront de nouvau à la bonne place. Mais comme dire n'importe quoi est la règle en astrologie, tu peux faire ce que tu veux. Comme par exemple décréter que les poissons correspondant à la constellation éponyme sont des poissons à corne réunissant ainsi le meilleur du Bélier et des Poissons, autrement dit, des Bélions. CQFD

Notre Bélion (poisson vache, Lactoria cornuta)

Illustration d'entête

 Tu te demandes sans doute ce que peut bien représenter l'image que j'ai placée en entête de ce billet. Pas vrai ? Et bien, pour relativiser encore un peu plus la représentation des constellations et leur liens avec un zodiaque imaginaire, j'ai choisi de montrer comment les indiens Dakota voient le ciel. C'est en tout cas plus coloré ! Cette image est calculée pour juillet 2018 par le logiciel d'astronomie Stellarium. Pour mieux la voir, on peut cliquer dessus (*), comme d'ailleurs la plupart des autres images du billet.

Les 12 singes

 Tu as peut-être lu la bulle d'info qui signale aux dyslexiques qu'il ne faut pas confondre les *12 signes* avec les *12 singes*. Il s'agit d'un clin d’œil qui fait référence à un film de science-fiction de Terry Gilliam, L'armée des douze singes (titre français), qui est lui même une ré-adaptation d'un court-métrage de Chris Marker, La jetée, petit chef-d'oeuvre à voir absolument (par exemple ici ou ) si tu es un tant soit peu cinéphile et/ou amateur de S-F.

Merci chère lectrice, cher lecteur.